Intelligence artificielle et anti-moustique

Malaisie, Les Plantations De Thé, Voyage

Quand la survie de l’humain dépend des robots !

Depuis quelques années, les épidémies de dengue et de chikungunya sont en recrudescence dans les pays tropicaux. Dès lors, de nombreux professionnels se sont penchés sur le problème. Outre les progrès médicaux, les spécialistes de l’intelligence artificielle ont également élaboré des projets qui semblent prometteurs.

Et si les mathématiques étaient une solution anti-moustique ?

Un système basé sur la logique des statistiques et des probabilités a été conçu pour permettre de prédire les épidémies de maladies arboviroses, dont notamment la dengue. Focus sur AIME «Intelligence Artificielle en Épidémiologie Médicale », un nouveau venu dans l’univers des anti-moustiques qui pourrait bien faire la différence.

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Les mathématiques ont aussi une utilité dans la lutte contre les moustiques tigres.

Comment fonctionne le système ?

AIME est un système entièrement basé sur les techniques mathématiques des probabilités à variables multiples. Il permet de récolter les données relatives à la dengue, en temps réel, et d’y intégrer pas moins de 276 variables afin de prédire les prochaines épidémies dans un rayon de 400 m.

Parmi les différentes variables que peut intégrer le système, l’altitude, les conditions climatiques, l’accumulation d’eau et bien entendu la densité de population figurent en bonne place. Les différentes variables sont réunies au sein de 90 bases de données qui permettent le calcul de probabilités avec une exactitude déconcertante.

Des essais concluants

Malaisie, Les Plantations De Thé, Voyage

La Malaisie a essayé le système AIME avec succès.

Le système AIME a été testé dans plusieurs zones à risques épidémiologiques pour la dengue avec des résultats de fiabilité compris entre 80 % et 84 %. La précision de l’appareil, sans toutefois être parfaite, est donc jugée très concluante.

Certains pays à risque pourraient donc très certainement bénéficier d’une meilleure protection contre les épidémies de maladies arboviroses, comme la dengue, avec ce type de système.

La Malaisie n’a pas hésité à franchir le pas et à se doter de ce système d’intelligence artificielle. En Asie autant qu’en Amérique latine, le système intéresse également certaines grandes villes qui le testent actuellement pour se rendre compte de son efficacité en situation réelle.

Des résultats prometteurs… oui mais

Si les résultats obtenus lors des essais en conditions réelles sont satisfaisants, certaines voix s’élèvent notamment contre la fiabilité à long terme.

En effet, le système AIME tel qu’il est conçu actuellement prend en considération un grand nombre de variables. C’est évidemment ce grand nombre de variables qui fait sa précision. Mais voilà, à terme, certains spécialistes se demandent si d’autres variables ne devront pas être examinées.

Presque 400 millions de personnes sont infectées par la dengue chaque année.

Par ailleurs, il existe également un risque que les variables puissent être modifiées. En effet, lorsqu’une épidémie potentielle sera détectée par le système, certaines personnes, trop désireuses de bien faire, pourraient être tentées de sortir les insecticides pour neutraliser directement les moustiques. Si la réaction peut être compréhensible, ne va-t-elle pas générer une modification de variables à un tel point que l’épidémie pourrait se déclarer à un autre endroit ?

En raison de l’aspect novateur du système, ce sont des questions qui sont toujours sans réponse.

Pourquoi élaborer ce système maintenant ?

Les 2 scientifiques à l’origine du système, Dhesi Raja et Rainier Mallol ont voulu apporter leur aide à un problème qui est à la fois sanitaire et économique.

La dengue est un virus ré-émergent qui frappe de manière exponentielle les zones tropicales. Actuellement, l’OMS estime qu’il représente un risque pour plus de 3 milliards de personnes. Bien que généralement bénigne, la maladie cause quand même plusieurs dizaines de milliers de décès par an.

Par ailleurs, bien que les autorités des pays touchés par la dengue fassent le maximum, la capacité à freiner la propagation du virus semble réellement insuffisante. Bien entendu, les facteurs favorisant la prolifération des moustiques vecteurs de la maladie sont connus. Les autorités font de leur mieux pour limiter ces facteurs. C’est notamment le cas avec la chasse aux eaux stagnantes. Malheureusement, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances.

Plus de 500 000 personnes contractent une forme sévère de la dengue chaque année.

Outre le bilan humain, la dengue pèse aussi sur les économies de certains pays d’Asie et d’Amérique du Sud. Or, un certain nombre de ces pays font déjà partie des plus pauvres de la planète. Les concepteurs du projet ont établi que l’Amérique du Sud a dépensé plus d’un milliard de dollars pour contrôler la prolifération de la dengue tandis qu’en Asie ce sont 300 millions qui sont investis pour tenter de contrôler le flux des épidémies. Un véritable gâchis !

Des précédents dans le domaine de l’intelligence artificielle

Le projet AIME est intéressant car il aborde le problème des maladies tropicales dans un angle jamais exploré. Pourtant, l’intelligence artificielle avait déjà été sollicitée dans un précédent projet visant à limiter les maladies arboviroses.

Le projet «Premonition » de Microsoft avait pour vocation de repérer les agents pathogènes qui circulent dans l’environnement. Pour cela, il souhaitait capturer des insectes tels que les moustiques ou la mouche tsé-tsé afin d’analyser le sang qu’ils transportaient. L’idée n’était donc pas d’étudier l’insecte comme vecteur de maladies, mais plutôt d’identifier les virus émergeants se trouvant dans le sang humain collecté par l’animal.

L’approche scientifique était donc radicalement différente mais avait néanmoins un intérêt sanitaire indéniable. Le projet tel qu’il fut pensé à l’époque consistait à déterminer les aires de prolifération des bestioles pour ensuite y déposer des pièges qui leur soient personnellement destinés.

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Les rayures du zèbre seraient une protection contre la mouche tsé-tsé.

La détermination des insectes se faisait notamment grâce aux fréquences de battements d’ailes afin de prélever les espèces de manière sélective. Cela permettait de gagner un temps considérable pour tester les différentes populations de bestioles. Cependant, les concepteurs du projet se sont rapidement heurtés à des problèmes d’accessibilité pour certaines zones, notamment les forêts tropicales.

La faiblesse du projet résidait notamment dans le fait que l’agent pathogène n’est pas l’unique responsable des épidémies. Il faut également tenir compte d’un certain nombre de paramètres humains mais également des conditions sanitaires.

Afin de lutter contre la propagation des maladies arboviroses comme la dengue, la communauté scientifique mène des actions dans de nombreuses directions. S’il est illusoire de penser que des théories mathématiques puissent totalement enrayer les épidémies, il faut néanmoins les considérer avec intérêt. En effet, dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, c’est souvent la complémentarité des approches scientifiques qui offrent les meilleures solutions. En attendant que des moyens de détection et de prévision soient au point, munissez-vous de votre Moskitofree pour vous protéger des piqûres.

 

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